Un Visiteur attendu

 

Quel est le prix de l'indépendance et de la liberté ?

Un paisible petit village doit-il les sacrifier au nom d'un progrès aussi important soit-il ? 

 

"Un visiteur attendu" au sommaire du recueil Eco-Fiction.                               Un visiteur attendu                                                   

 

 

Extrait :  

         —     Le village compte combien d'habitants ?

         —     Soixante familles ont élu domicile ici.

         —     Cela doit vous réclamer un apport en énergie conséquent.

         —     Nous subvenons nous-mêmes à nos besoins. Voulez-vous jeter un œil à nos installations ?

        Le représentant ne put guère dissimuler son étonnement face au sans-gêne et au sentiment d'impunité du vieil homme. Néanmoins, la curiosité l'emporta. Il déposa la mallette-écran dans un coin en jetant un œil aux chiffres holographiques de sa montre.      

        —      Vite fait, alors.

       Le vieil homme le guida avec entrain vers une des éoliennes. Durant les cours d'Histoire, Carl avait vu des reproductions très réalistes de ces engins.

        —  Combien produisez-vous avec ce genre de dispositif ? 15, 16 kWh ?

        —    10 exactement, Carl. Mais nous nous en servons principalement pour faire fonctionner d'autres installations, comme les pompes d'irrigation par exemple.

       Le vieil homme désigna ensuite les toitures des bâtiments en forme de dôme :

       — Nous exploitons également l'énergie solaire. Une soixantaine de kWh par toiture.

       —      Cela ne doit même pas couvrir les besoins d'une seule maison.

       —   Pas vraiment, c'est pourquoi nous diversifions nos sources d'énergie. Pour les habitations par exemple, nous exploitons également la biomasse.

Le jeune homme se souvint une nouvelle fois de ses cours et fit une moue de dégoût. Il observait le vieil homme avec incrédulité.

      —  Vous... vous voulez dire... que vous utilisez vos déjections...

      — Oui, mais pas uniquement. Le corps est un fantastique producteur d'énergie. Et nous utilisons également la chaleur des animaux. Comme nos ancêtres, nous avons installé les étables au rez-de-chaussée afin que le bétail participe au chauffage domestique.

      Carl ne parvenait pas à en croire ses oreilles. Comment pouvait-on encore vivre de la sorte ?

       — Et bien, il était temps que j'arrive ! OWE avait un peu délaissé ces régions reculées. Mais pourquoi ne pas avoir directement fait une demande de raccordement ?

       — Nous ne le souhaitons pas.

       Il fallut quelques bonnes secondes à Carl pour enregistrer cette information :

       — Excusez-moi ? Vous...

       — Nous ne souhaitons pas être raccordés au réseau. Nous sommes bien ainsi.

       Avec une certaine appréhension, Carl considéra le village autour de lui. Il crut distinguer quelques visages dissimulés derrière des rideaux. Il était clair que ces fous arriérés refusaient sciemment de se raccorder au réseau nucléaire intercontinental.

       — Vous tenez vraiment à vivre comme au XXIème siècle ?

      Le vieil homme lui sourit d'un air malicieux :

       — Votre société est-elle plus enviable ?

       — Bien sûr.

       — ...et cela grâce à votre compagnie, OWE, j'imagine.

       — Nous leur devons la seule énergie propre, illimitée et rentable qui existe !

       Carl était choqué que l'on puisse s'interroger sur une telle évidence. Le sourire d'Albert s'élargit :

       —  Je connais bien les avantages de la fusion nucléaire à froid. J'ai une formation de physicien.

       — Alors pourquoi captez-vous encore les rayons du soleil alors que nos ingénieurs l'ont recréé, maîtrisé et mis en boîte ?

       — Je conviens que la prouesse est de taille mais je vous répète que nous n'en voulons pas."

 

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire